Le 10 septembre dernier, un jugement rendu par la cour d’appel du premier district de Floride[1] a fait grand bruit : il est désormais possible pour les citoyens de porter leurs armes de manière ostentatoire. Avant cette décision, qui est devenue effective le 25 septembre le temps de laisser aux pouvoirs publics la possibilité de repasser devant les tribunaux, le port d’arme dans cet État n’était autorisé que quand l’arme était portée de manière dissimulée.
https://www.instagram.com/reel/DPIMraxjqUz/?utm_source=ig_web_copy_link&igsh=MzRlODBiNWFlZA==
Cette vidéo d’un homme portant son arme de manière ostentatoire a fait le tour des réseaux sociaux à la suite du jugement.)
Le jugement portait sur la cas d’une condamnation dont avait fait l’objet un citoyen pour avoir porté son arme de manière visible en 2022 et qui avait fait appel. Le mois dernier, la juge a estimé que la prohibition par l’État du port d’armes ostentatoire était incompatible avec la tradition législative sur les armes à feu. Autrement dit, historiquement, rien ne justifie une telle interdiction, les Américains portaient déjà leurs armes de manière visible dans le passé ; le droit accordé par le deuxième amendement de la constitution des États-Unis impliquerait le droit de porter son arme de manière visible, et pas seulement de porter son arme tout court. La Floride devient ainsi le quarante-sixième État américain à autoriser le port d’armes visible, quoique tous ces États ne l’autorisent pas sous les mêmes circonstances.
Cette décision s’inscrit dans une tendance de fond globale aux États-Unis de légalisation du port d’armes ostentatoire dans de plus en plus d’États ces dernières décennies. Rappelons que l’ARPAC ne se prononce pas en faveur du port d’armes ostentatoire, lui préférant le port d’armes dissimulé, beaucoup plus désirable d’un point de vue tactique : d’une part, il évite la saisie de l’arme par un tiers malintentionné et d’autre part il évite au porteur d’être la première cible d’un attaquant forcené qui ne se priverait pas de saisir l’occasion de mettre immédiatement hors d’état de nuire un opposant potentiel (et peut-être même le seul). Mais aux États-Unis, ce type de port d’armes est de plus en plus plébiscité. Les raisons invoquées sont de l’ordre du symbolique : un criminel ne porte jamais son arme de manière visible, le citoyen respectueux des lois fait donc acte de bonne foi en ne dissimulant pas la sienne, montrant au passage à un agresseur potentiel qu’il est prêt à intervenir. Ce citoyen envoie en outre un message à la population, lui rappelant que les armes à feu font partie de la culture américaine, qu’elles ne sont pas que l’objet de fantasmes de certains mais font partie intégrante de la vie quotidienne et que nombre de citoyens ordinaires pacifiques désireux de se défendre en possèdent. En clair, un message militant adressé à la fois aux criminels et aux anti-armes.
Que l’on soit pour ou contre le port d’armes ostentatoire, force est de constater que les Floridiens viennent d’acquérir un droit supplémentaire et que les libertés des Américains en matière d’armes progressent.
Et en France ?
La France, elle, est toujours coincée dans son dogme prohibitif. L’interdiction est une fin en soi, tout problème surgissant malgré les normes déjà existantes appelle à en ajouter de nouvelles. Fidèle à cette sempiternelle paresse intellectuelle aux accents liberticides, notre (déjà) ancien premier ministre François Bayrou, se devant de proposer un remède miracle à la suite du meurtre au couteau d’une surveillante de collège en Haute-Marne en juin, ne trouve rien de mieux que de gesticuler contre les couteaux. Suivra trois mois plus tard un décret[2] classant certaines armes blanches en catégorie A[3]. Oui, des couteaux sont maintenant aussi interdits que les « armes de guerre ». Inutile de préciser qu’il sera toujours possible de se procurer les couteaux interdits sur le marché noir ou bien de se contenter de ceux qui sont toujours légaux (impossible d’interdire les couteaux de cuisine). On applique désormais aux armes blanches la même recette inefficace que celle utilisée depuis des décennies contre les armes à feu.
Deux pays, deux approches, deux tendances différentes. Pour le meilleur pour l’un, pour le pire pour l’autre.
[1]McDaniels v State https://flcourts-media.flcourts.gov/content/download/2457961/opinion/Opinion_2023-0533.pdf
[2]Décret n° 2025-894 du 5 septembre 2025 modifiant la réglementation des armes blanches https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000052197391
[3]Détail complet des modifications ici : https://www.armes-ufa.com/spip.php?article3822